Sept règles essentielles

Sept règles essentielles
En général, ces images irradiées dans l’espace sont trop faibles pour atteindre notre conscience, et il faut, pour les percevoir,
modifier celle-ci ou la rendre plus subtile. Or, la conscience résulte de deux facteurs : l’intensité de l’excitant et le contraste : une lumière reste inaperçue si elle est trop faible, ou encore si elle ne se différencie pas de l’ambiance. Sans ombre il n’y a pas de lumière. Nous savons donc modifier la conscience, puisque ces deux facteurs sont en notre pouvoir.
Pour réaliser le premier facteur, nous rendrons la conscience sensible à des intensités de plus en plus fines : 1° en les empêchant de se disperser par l’isolement du sujet, des bruits et des excitants extérieurs ; 2° en aidant le sujet à chasser ses préoccupations et à se rendre aussi calme que possible ; 3° en concentrant sa pensée sur une image ; 4° en faisant appel au contraste dès que la concentration cesse d’être efficace ; 5° en provoquant l’accrochage, c’est-à-dire en faisant vivre l’image en soi ; 6° en opérant par transitions convenables et évitant toute question décousue. Dans le passage par contraste, on prévient le sujet qu’on va modifier l’image et on l’invite à se préparer au changement ; 7° en augmentant le rendement de
la conscience par la création d’une ambiance harmonique, c’est-à-dire par la montée.
Précisons davantage ces sept points. Le sujet, c’est-à-dire toute personne soucieuse d’acquérir la clairvoyance suivant la loi morale, est installé commodément dans une pièce, hors de toute gêne physique, la main repliée sur ses yeux pour masquer la lumière. On le conduit au calme intérieur par le vide de pensées, ou plutôt en l’invitant à se représenter différentes images adéquates, comme de balayer ses soucis, ou de se souvenir d’un lac calme au soleil couchant, ou de s’imaginer de grandes étendues monotones. Ensuite on le prie d’orienter ses pensées dans un sens moral harmonique. 
Le calme obtenu, on lui demande de rester neutre, simplement attentif au mot qui va être prononcé, de chasser tout effort de mémoire et de décrire immédiatement l’impression qui surgira. On articule un mot concret mais générique, comme un vase, un chien, sans en avoir soi-même la représentation précise, pour éviter la suggestion. Ce mot, par un effet de contraste, provoque un léger choc dans la conscience et fait apparaître une image, dont on demande la description détaillée pour qu’on puisse s’en faire soi-même une représentation exacte. Cette opération a le double but de forcer le sujet à la concentration de pensée et de mettre l’instructeur à l’unisson avec lui. L’image épuisée, on invite le sujet à l’effacer de son esprit et on recommence avec des mots nouveaux suscitant des images de plus en plus complexes, comme un appartement, un jardin, un château. On facilite alors leur développement en faisant vivre le sujet dans l’image, c’est-àdire qu’on lui demande de se placer contre l’objet, de le saisir en pensée ou, s’il se représente une route, de circuler sur elle.
Ensuite on l’associe à des images de mouvement, comme la montée dans une voiture, une auto ou un train. Dans toutes ces opérations, l’instructeur ne donne que les indications strictement nécessaires pour éviter la suggestion et pour provoquer l’apparition du plus grand nombre possible d’images spontanées.
Dans les débuts, les images spontanées se produisent parfois avec confusion et avec des sensations désagréables, c’est pourquoi il faut créer l’ambiance harmonique dont il a été question, dès que le sujet commence à savoir concentrer sa pensée. En premier lieu, toute image spontanée, laide, déformée ou désagréable doit être immédiatement chassée ; en second lieu, on provoque une série d’impressions de montée en invitant successivement le sujet à se figurer qu’il gravit une route escarpée, qu’il escalade une montagne, qu’il monte sur une échelle se perdant dans les nues, tout en marquant des alternatives de repos, finalement qu’il s’élève dans l’espace en décrivant des spirales.
Dans ces conditions, la conscience devient progressivement sensible à des vibrations de plus en plus fines. Le mot prononcé engendre une image, donc un courant qui se diffuse dans l’espace et réveille au hasard de la rencontre des courants connexes, qui resteraient inaperçus dans l’état ordinaire et qui sont ressentis dans ce nouvel état de conscience. Le sujet éprouve des impressions de formes, de paysages, qui se précisent avec l’attention pour disparaître avec les progrès de la montée et faire place à des sensations d’ambiance, lumineuses et colorées, dont l’intensité et la beauté sont incomparables. Ces ambiances se peuplent d’êtres dont les contacts évoquent des sensibilités exquises, des sentiments extra-terrestres, très purs et très beaux.
Dans ces montées harmoniques, au lieu de laisser les courants images surgir au hasard, on peut choisir les mots de manière à déterminer certaines associations voulues. Le mot devient une sorte de manipulateur à courants, au moyen duquel on peut relier le sujet à tel ou tel individu ou à telle ou telle scène lointaine, et c’est ainsi qu’on le conduit à des visions à distance, à la lecture de pensée et à la prémonition, c’est-àdire à la perception des événements en préparation.
A noter qu’il importe de prendre autant de soins à ramener le sujet de l’état subjectif à la vie objective qu’on en a pris pour le mettre en état de concentration, sous peine de provoquer des fatigues, vertiges et malaises dus à la circulation imparfaite de la vie fluidique et nerveuse, surtout lorsque le sujet est sensible et très imaginatif ou s’est développé sans guide.