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Le déclin

Le déclin
De même que Freud préfère l'état de veille au sommeil hypnotique pour traiter les maladies mentales, Emile Coué, continuateur de l'école de Nancy, nie l'état hypnotique et provoque des guérisons physiques à l'aide de suggestions à l'état de veille. Avec Richet, puis Rhine (aux Etats-Unis), la parapsychologie va abandonner
l'hypnose pour se consacrer aux jets de dés, aux cartes de Zener, à la psychokinèsie et à la télépathie à l'état de veille.
Une page est tournée.
Le célèbre Hector Durville (c'est lui qui se fit enfermer dans une cage aux lions et réussit à les endormir) parvient à faire reconnaître officiellement son « cours public de magnétisme ». Il continue les recherches sur l'hypnose. Elles sont poursuivies par ses élèves, P. C. Jagot, le colonel de Rochas, le docteur Lancelin, et par ses fils, Gaston et Henri Durville, pendant la première moitié du XXe siècle.
Mais entre 1920 et 1950, nombre de scientifiques français n'hésitent pas à nier l'existence même du phénomène hypnotique. « L'hypnose, c'est la simulation du sommeil somnambulique par des sujets parfaitement éveillés. Il ne reste chez l'hypnotiseur que l'alternative d'être le complice ou la dupe de son sujet. » L'étude de l'hypnose se poursuit à l'étranger.
L'annonce de ses progrès nous revient des Etats-Unis, d'Angleterre, d'Espagne, d'U.R.S.S. La suggestion à distance, étudiée par Janet, est approfondie par le physiologiste russe L. L. Vassiliev. Un de ses confrères, Ivan Pavlov, va grandement contribuer à la réhabilitation de l'hypnose en lui donnant une explication physiologique.
En Allemagne, J. H. Schultz développe une méthode de relaxation fondée sur une autosuggestion hypnotique décrivant les effets physiques de l'hypnose (« je suis calme », « mes bras et mes jambes sont tout lourds », « mon bras droit est tout chaud », etc.). C'est le « training autogène » qui va se répandre en France vers 1953. Un des disciples de Schultz, le docteur Alfonso Caycedo, crée en 1960 une nouvelle science : la sophrologie. Venue d'Espagne, la sophrologie s'est largement répandue en France ces dernières années. Plus de 1 500 praticiens utilisent un état hypnoïde, « le niveau sophroliminal », pour traiter leurs patients. Est-ce un renouveau de l'hypnose ?

La suggestion à distance

La suggestion à distance
Un jeune médecin, nommé plus tard professeur au Collège de France, Pierre Janet, se fait pourtant le défenseur de l'hypnose. Il va mettre en évidence ce qu'il appelle la « suggestion mentale ».
Invité par le docteur Gibert à étudier le cas d'une jeune paysanne, Léonie, qui peut être hypnotisée à distance, Janet se livre avec lui à plus de vingt-deux expériences de ce genre :
« Voici les précautions qui nous ont guidés dans ces essais :
1° L'heure exacte de l'action à distance est tirée au sort.
2° Elle n'est communiquée à M. Gibert que quelques minutes avant le terme, et aussitôt les membres de la commission se rendent au pavillon où habite le sujet.
3° Ni le sujet, ni aucun habitant du pavillon situé à près d'un kilomètre de distance, n'a connaissance de l'heure exacte, ni même du genre de l'expérience qui doit avoir lieu.
Pour éviter la suggestion involontaire, ni nous, ni aucun de ces messieurs n'entrent dans le pavillon pour vérifier le sommeil.
On décide de faire l'expérience de Cagliostro : endormir le sujet de loin et le faire venir à travers la ville. Il était 8 heures et demie du soir, M. Gibert consent. On tire l'heure exacte au sort. L'action mentale devait commencer à 9 heures moins 5 et durer jusqu'à 9 h 10. En ce moment, il n'y avait personne au pavillon, sauf Mme B... et la cuisinière, qui ne s'attendaient à aucune tentative de notre part. Personne n'est allé au pavillon.
Profitant de cette absence, les deux femmes étaient entrées dans le salon, et s'amusaient à "jouer au piano". Nous arrivons dans les environs du pavillon à 9 heures passées. Silence.
La rue est déserte. Sans faire le moindre bruit, nous nous divisons en deux parties pour surveiller la maison à distance.
A 9 h 25, je vois une ombre apparaître à la porte du jardin. C'était elle. Je m'enfonce dans un coin pour entendre sans être remarqué.
Mais je n'entends plus rien : la somnambule, après être restée une minute à la porte, s'était retirée dans le jardin.
(A ce moment M. Gibert n'agissait plus ; à force de concentrer sa pensée, il a eu une sorte de syncope ou d'assoupissement qui dura jusqu'à 9 h 35.)
A 9 h 30, la somnambule reparaît de nouveau sur le seuil de la porte, et cette fois-ci elle se précipite sans hésiter dans la rue, avec l'empressement d'une personne qui est en retard et qui doit absolument atteindre son but. Ces messieurs qui se trouvaient sur sa route n'ont pas eu le temps de nous prévenir, M. le docteur Myers et moi. Mais ayant entendu des pas précipités, nous nous mîmes à suivre la somnambule qui ne voyait rien autour d'elle, ou au moins ne nous a pas reconnus.
Arrivée rue du Bard, elle commença à chanceler, s'arrêta un moment et faillit tomber.
Tout à coup, elle reprend vivement sa marche. Il était 9 h 35. (En ce moment M. Gibert, revenu à lui, recommença l'action.) La somnambule marchait vite, sans s'inquiéter de l'entourage.
En dix minutes, nous étions tout près de la maison de M. Gibert, lorsque celui-ci, croyant l'expérience manquée et étonné de ne pas nous voir de retour, sort à notre rencontre et se croise avec la somnambule, qui garde toujours les yeux fermés.
Elle ne le reconnaît pas. Absorbée dans sa mono-manie hypnotique, elle se précipite dans l'escalier, suivie par nous tous. M. Gibert voulut entrer dans son cabinet, mais je le prends par la main et je le mène dans une chambre opposée à la sienne.
La somnambule, très agitée, cherche partout. Elle se heurte contre nous, ne sentant rien ; elle entre dans le cabinet, tâte les meubles en répétant d'un ton désolé :
− Où est-il? Où est-il, M. Gibert ?
Pendant ce temps, le magnétiseur reste assis et courbé sans faire le moindre mouvement. Elle entre dans la chambre, elle le touche presque en passant, mais son excitation l'empêche de le reconnaître. Elle s'élance encore une fois dans d'autres chambres. C'est alors que M. Gibert a eu l'idée de l'attirer mentalement, et, à la suite de
cette volonté ou par simple coïncidence, elle revient sur ses pas et l'attrape par les mains.
A ce moment, une joie folle s'empare d'elle. Elle saute sur le canapé comme une enfant et frappe des mains en criant :
− Vous voilà ! Vous voilà enfin ! Ah ! Comme je suis contente. » C'est le professeur Ochorowicz, de l'université de Lemberg, qui nous rapporte cette expérience, l'une des
premières auxquelles participe Janet.
Ce dernier en publie les résultats en 1885 : sur vingt-deux expériences, seize ont parfaitement réussi. Il déclare :
« Devons-nous croire que seize fois, il y a eu coïncidence presque absolue ? Cette coïncidence est peu raisonnable.
Y a-t-il eu à certains moments suggestion involontaire de notre part ? Tout ce que je puis dire − et je le dis avec la plus parfaite sincérité –, c'est que nous avons pris toutes les précautions possibles pour éviter que cela ne se produisît. Notre seule conclusion ne peut être que la suivante : ces phénomènes devraient être reproduits et étudiés. »
Pourtant, après deux années de remous, le silence retombe sur ces expériences. Janet s'attache plus particulièrement à étudier l'hypnose comme « médecine psychologique ». On peut dire qu'il est l'un des précurseurs de la médecine psychosomatique.
Le célèbre physiologiste Charles Richet, lauréat du prix Nobel, étudiait déjà la suggestion à distance depuis 1873. Il va continuer les expériences de Gibert et de Janet sur Léonie, puis il abandonne ces travaux lorsqu'il découvre ce qui deviendra plus tard le principal outil de recherche de la parapsychologie : l'application des statistiques et des probabilités aux expériences paranormales réalisées à l'état de veille.
Pourquoi s'être détourné de l'hypnose ? Sans doute à cause de la lourdeur du procédé et de l'opposition qu'il rencontra en s'intéressant au paranormal. Cette opposition est, comme le fait remarquer John W. Campbell, de nature démocratique : la société se refuse à admettre que tous les hommes ne sont pas égaux. Sous hypnose, un sujet sur cent se révélait doué de facultés paranormales. En étudiant plutôt des sujets normaux à l'état de veille, il n'avait plus à combattre les détracteurs de l'hypnose et pensait pouvoir démontrer ainsi de façon irréfutable l'existence de la télépathie, voire d'autres facultés parapsychologiques existant de façon latente chez tout individu. Richet lui-même avait quelquefois des rêves prémonitoires et pensait que « ce sont peut-être les premières étapes d'une évolution humaine progressive ».
C'est sur cette voie que va s'engager la parapsychologie.

Hypnose et paranormal

Hypnose et paranormal
Avec le marquis de Puységur, nous avons vu que certains sujets magnétisés manifestaient des facultés de clairvoyance étonnantes. Mais est-ce là tout ? Si l'hypnose est un révélateur de P.E.S. (Perceptions Extra Sensorielles), comment se fait-il que d'autres cas ne soient pas venus confirmer cette hypothèse ?
L'explication est la suivante : on ne voit que ce que l'on veut bien voir. Un exercice classique de psychologie consiste à présenter au sujet un dessin représentant un Nord-Africain bien habillé, qui se fait agresser par un Français armé d'un long couteau, dans le métro.
Après avoir étudié ce dessin, le « témoin » rapportera ce qu'il a vu à une seconde personne, et ainsi de suite.
Immanquablement, au deuxième ou troisième témoignage, la situation a été inversée : c'est le Français bien habillé qui se fait agresser par un Nord-Africain. La première situation était, inconsciemment, intolérable et a été rejetée.
On comprend la difficulté qu'ont ces hommes de science, ces médecins, à admettre que de telles possibilités existent. Un bon exemple de cette répugnance est la réaction de l'Académie de médecine au rapport que fit Husson en 1832. Une commission avait été nommée six ans plus tôt, et pendant tout ce temps, Husson avait enquêté, expérimenté, afin de tirer les choses au clair.
Le grand jour arrive enfin où chaque membre de l'Académie peut prendre connaissance du rapport.
Consternation :
« Husson, en effet, avait accumulé des expériences extrêmement spectaculaires de magnétisation à distance et de clairvoyance. La commission accepta le don de double vue, de diagnostic en état de somnambulisme, de prévisions, de lecture les yeux bandés. »
Le rapport ne fut pas publié, par crainte du ridicule. Une nouvelle enquête fut même  confiée à Dubois, un adversaire acharné du magnétisme, qui nia tout en bloc : y compris l'existence d'un état de somnambulisme provoqué. Le rapport de Husson manquait-il de sérieux ?
Ce n'est pourtant pas l'opinion de la commission d'étude désignée en 1953 par la British Medical Association, afin d'examiner l'hypnose, Elle s'inspira beaucoup du rapport de Husson, allant même jusqu'à dire que « les conclusions de ce rapport sont d'une prévoyance remarquable et sont, en majeure partie, encore applicables aujourd'hui ».
En 1850, l'Anglais Mayo, professeur de physiologie et magnétiseur, écrivait : « Une personne magnétisée qui a perdu son propre sens du toucher, du goût ou de l'odorat, perçoit tout ce qui est ressenti par les sens du toucher, du goût ou de l'odorat du magnétiseur. » Il confirmait ainsi les recherches faites depuis plusieurs années par un médecin français, le docteur Azam.
En 1875, le professeur U.F. Barret, grand physicien anglais, reprend cette expérience : « J'avais pris certaines choses dans mon garde-manger et je les avais apportées et mises sur la table à côté de moi. Me tenant derrière la fillette dont les yeux étaient soigneusement bandés, je mis un peu de sel dans ma bouche ; la fillette cracha aussitôt et s'écria : "Pourquoi mettez-vous du sel dans ma bouche ?" Ensuite, j'ai goûté du sucre ; elle a dit : "C'est meilleur !" A ma question "A quoi cela ressemble-t-il ?" , elle répondit : "C'est sucré." "Ensuite j'ai goûté à la moutarde, au poivre, au gingembre, etc. La fillette nommait tout cela et avait apparemment une sensation gustative quand je mettais les épices dans ma bouche. J'approchai ma main d'une bougie allumée et me brûlai légèrement ; la petite fille assise, toujours les yeux bandés et me tournant le dos, s'écria au même moment qu'elle s'était brûlé la main, tout en manifestant une douleur évidente. »
Charcot, s'il fit des erreurs, n'en travaillait pas moins sur des sujets en transes. Or il commençait son cours ainsi :
« Nous prendrons les faits simples, faciles à analyser, nous laisserons de côté les phénomènes supérieurs, la double vue, la lucidité. » Il ne les réfutait pas pour autant.
L'école de Nancy s'intéressa aussi à ces phénomènes. Le 9 janvier 1886, Liébeault entreprit avec Stanislas de Guaita l'expérience suivante, dont voici le procès-verbal : « Nous soussignés, Liébeault (Ambroise), docteur en médecine et de Guaita (Stanislas), homme de lettres, tous deux demeurant actuellement à Nancy, attestons et certifions avoir obtenu les résultats suivants : 1° Mlle Louise L..., endormie du sommeil magnétique, fut informée qu'elle allait avoir à répondre à une question qui lui serait faite mentalement, sans l'intervention d'aucune parole, ni d'aucun signe. Le docteur
Liébeault, la main appuyée au front du sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la demande qu'il avait la volonté de faire :
− Quand serez-vous guérie ?
Les lèvres de la somnambule remuèrent soudain :
− Bientôt, murmura-t-elle distinctement.
On l'invita alors à répéter, devant toutes les personnes présentes, la question qu'elle avait instinctivement perçue. Elle la redit dans les termes où elle avait été formulée dans l'esprit de l'expérimentateur.
2° M. de Guaita, s'étant mis en rapport avec la magnétisée, lui posa mentalement une autre question :
− Reviendrez-vous la semaine prochaine ?
– Peut-être, fut la réponse du sujet.
Invitée à communiquer aux personnes présentes la question mentale, la magnétisée répondit :
− Vous m'avez demandé si vous reviendriez la semaine prochaine.
Cette confusion portant sur un mot de la phrase est très significative. On dirait que la jeune fille a "bronché" en lisant dans le cerveau du magnétiseur.
3° Le docteur Liébeault, afin qu'aucune phrase indicative ne fût prononcée, même à voix basse, écrivit sur un billet :
"Mademoiselle, en se réveillant, verra son chapeau noir transformé en chapeau rouge."
Le billet fut passé, d'avance, à tous les témoins ; puis MM. Liébeault et de Guaita posèrent en silence leurs mains sur le front du sujet, en formulant mentalement la phrase convenue. Alors, la jeune fille, instruite qu'elle verrait dans la pièce quelque chose d'insolite, fut réveillée. Sans une hésitation, elle fixa aussitôt son chapeau et,
avec un grand éclat de rire, se récria. Ce n'était pas son chapeau ; elle n'en voulait pas. Il avait bien la même forme ; mais cette plaisanterie avait assez duré ; il fallait lui rendre son bien.
− Mais, enfin, qu'y voyez-vous de changé ?
– Vous le savez ; du reste, vous avez des yeux comme moi.
– Mais encore ?...
On dut insister très longtemps pour qu'elle consentît à dire en quoi son chapeau était changé ; on voulait se moquer d'elle. Pressée de questions, elle dit enfin :
− Vous voyez bien qu'il est tout rouge.
Comme elle refusait de le reprendre, force fut de mettre fin à son hallucination, en lui affirmant qu'il allait revenir à sa couleur première. Le docteur Liébeault souffla sur le chapeau, et redevenu le sien à ses yeux, elle consentit à le reprendre.
Tels sont les résultats que nous certifions avoir obtenu de concert. En foi de quoi, nous avons rédigé le présent procès-verbal. »
L'hypnose semble donc bien être ce qu'elle promet. Elle permet de recréer les « miracles » des antiques thaumaturges. On s'en inquiète. Tout particulièrement l'Eglise, qui accuse le magnétiseur La Fontaine d' « imitation impie des miracles du Christ ».
« Il fut emprisonné, puis relâché par le roi Ferdinand de Naples qui lui rendit la liberté, à condition toutefois "qu'il ne rende plus la vue aux aveugles et l'ouïe aux sourds". Il put cependant obtenir une audience particulière de Pie IX et, après une discussion très longue, le pape admit qu'il n'y avait aucune imitation des miracles du Christ. Il le félicita et l'encouragea... »
Mais pendant la fin du XIXe siècle et le début du XXe, le développement de l'hypnose marque le pas. Plus de Mesmer, de Charcot, de rivalités et de scandales. Un ancien élève de Charcot, Sigmund Freud, met au point la psychanalyse, abandonnant l'hypnose. Un pharmacien de l'école de Nancy, Emile Coué, développe une méthode de suggestion, la « méthode Coué », préférant l'état de veille au sommeil hypnotique pour guérir les malades. Les techniques de l'anesthésie se perfectionnent, et le recours à l'hypnose n'est plus nécessaire.
L'opinion publique brûle ce qu'elle a adoré, et de nombreux détracteurs s'attaquent à l'hypnose. Un tribunal condamne un hypnotiseur à de lourds dommages et intérêts, parce qu'il a déclenché des troubles chez une jeune femme, lors d'une démonstration théâtrale. Démonstrations théâtrales qui nuisent à « l'image de marque » de l'hypnose. Qui voudrait, en effet, se voir tourner en ridicule comme ces spectateurs qui se mettent à marcher à « quatre pattes », aboyer ou commencent à se déshabiller, sur ordre de l'hypnotiseur ?
On lui reproche d'autre part les phénomènes de « compensation » (la source du traumatisme psychologique n'ayant pas été assumée, la somatisation se reporte sur un autre organe) et la lourdeur du procédé. Il faut en effet quelquefois plusieurs séances pour endormir un sujet, et certains demeurent rebelles.

L'école de la Salpêtrière

L'école de la Salpêtrière
En 1878, un neurologue alors au faîte de la gloire, le docteur Charcot, s'intéressa à l'hypnose. Celui qu'on appelait le « César de la Salpêtrière » organisa dans cet hôpital des expériences qui devaient être à la source d'une nouvelle psychologie « renforcée par des études pathologiques ». Il fit, en fait, de nombreuses erreurs. Il laissait le soin d'hypnotiser les sujets à ses chefs de clinique, à ses internes, et venait ensuite pontifier devant un public aussi nombreux que néophyte.
Néanmoins, son étude de l'hystérie, ses essais de guérison par la suggestion en font un précurseur de la psychologie moderne.
Grisé par son succès, il fit des expériences sur le magnétisme et la métallothérapie. Bernheim montra que ces expériences étaient erronées et que les résultats obtenus provenaient, en fait, de la suggestion. Charcot devait douter, vers la fin de sa vie, du bien-fondé de ses travaux, mais la mort l'emporta avant qu'il ne les reprenne sur d'autres bases.

L'école de Nancy

L'école de Nancy
En 1859, un médecin des environs de Nancy, le docteur Liébeault, décide, à la suite d'une communication sur une opération réalisée sous hypnose par Broca, de reprendre les travaux de Braid. Il obtient rapidement des résultats. Sa méthode évolue peu à peu vers la suggestion verbale. Tout en gardant la concentration oculaire préconisée par Braid, il suggère les symptômes du sommeil : paupières lourdes, membres engourdis, fléchissement des sens. Un jour, il guérit ainsi la malade d'un de ses collègues, une sommité médicale, le docteur Bernheim. Ce dernier va le voir et doit se rendre à l'évidence : l'hypnose existe. Il va faire connaître Liébeault au monde médical.
Si Liébeault, tout en utilisant la suggestion, croit aussi un peu au magnétisme, Bernheim, lui, réfute les théories fluidiques. Sous son influence, Liébeault développera ses méthodes de suggestion, et leur application aux maux de ses malades. Il leur suggère « l'image psychique de la guérison ». Bernheim pense que les résultats ne sont dus qu'à la suggestion, et qu'il n'est, d'ailleurs, point besoin d'endormir le sujet très profondément. Un état de veille ou de rêverie suffit. Liébeault, lui, essaie de faire la part des choses. « Une part de vérité est dans les deux camps et il est temps qu'on cesse de s'y accuser tour à tour d'être dupe de convictions imaginaires, et qu'on finisse par s'entendre. » L'autre camp, c'est l'école de la Salpêtrière.

Les débuts de l'hypnose

Les débuts de l'hypnose
C'est à un des adeptes de Mesmer, le marquis de Puységur, que revient la mise en évidence du somnambulisme provoqué, qui sera plus tard l'hypnose. Quand il lui annonça sa découverte, en 1784, Mesmer minimisa son importance. Il connaissait le phénomène, mais répugnait à l'étudier. Ce produit de l'imagination lui semblait très difficile, voire impossible à comprendre et de toute façon moins intéressant que la physiologie.
Puységur ira plus loin. C'est aussi lui qui redécouvrira l'apparition de facultés paranormales chez le sujet endormi.
Par la suite, il devait observer que ce sujet témoignait dans son sommeil d'une prescience extraordinaire concernant la marche de sa maladie et de celle des autres. C'est lui qui, le premier, utilisa le terme de « clairvoyance » après avoir constaté que les malades mis en état de somnambulisme, et touchant d'autres malades, peuvent dé-finir très exactement l'organe atteint. « C'est, dit le malade, une sensation véritable que j'éprouve dans un endroit correspondant à la partie qui souffre chez celui que je touche. »
La Bible évoque déjà, dans le second livre des Chroniques au chapitre XXXIII, l'idée d'un « dresseur d'oracle » :
« Manassé prédisait le temps et usait de prédictions et de sortilèges ; et il dressa un oracle d'esprit de Python... »
Trois siècles avant Jésus-Christ, les druides conjuguaient hypnose et musique dans ce qu'ils appelaient le « sommeil magique ».
Lorsque le marquis de Puységur publie ses travaux, il se heurte à une formidable résistance. Mais les faits sont là, et ses disciples vont « répandre à travers la France cette nouvelle forme de mesmérisme où l'oracle est non plus le magnétiseur, mais le magnétisé en état de somnambulisme ».
Grâce au marquis, on prend conscience de l'inutilité des transes convulsives. En 1813, l'abbé Faria ouvre un cours public de magnétisme. Il est le précurseur de la « suggestion », le créateur du fameux « dormez »... Trois ans plus tard, à la suite de déboires publics, il sombre dans l'oubli. Sur le plan thérapeutique, le magnétisme reste un outil incertain, même s'il donne d'excellents résultats entre les mains du baron du Potet, du docteur John Eliotson et de nombreux autres magnétiseurs, comme Bertrand ou La Fontaine. Bertrand remarque déjà que la fixation d'un objet quelconque peut déterminer un état de somnolence, mais c'est James Braid, chirurgien de Manchester, qui découvre vers 1840 l'hypnose.
Il avait assisté à la représentation du magnétiseur La Fontaine, qui produisait des « effets » et soignait des malades. Venu dénoncer l'imposture, le sceptique Braid, qui ne croyait pas au fluide ni à la transe, remarqua pourtant l'impossibilité dans laquelle étaient les sujets d'ouvrir les yeux. Il avait cru voir que le magnétiseur, en faisant des passes, regardait fixement dans les yeux la personne à influencer. Braid émit donc l'hypothèse que, si le sommeil était réel, l’oeil en était peut-être la cause, mais non comme source de magnétisme : comme objet brillant.
Rentré chez lui, il vérifia son hypothèse. Il pria sa bonne de regarder fixement la lame de sa lancette. Elle tomba bientôt en sommeil. Ravi et enthousiaste, il réveilla sa femme et fit la même expérience : même résultat.
Braid pensait que la fatigue nerveuse qu'entraînait une concentration soutenue provoquait le sommeil, d'où le nom qu'il donna au phénomène : hypnose ou hypnotisme, du grec « hypnos », le démon du sommeil. Il publia ses recherches (Neuro-hypnology, 1843), mais elles tombèrent elles aussi dans l'oubli.

Franz Anton Mesmer

Franz Anton Mesmer
Ce médecin né en 1734 à Weiler, en Allemagne, fit sa thèse de doctorat sur « l'influence des planètes sur le corps humain ». Il essayait de démontrer qu'une énergie, le « magnétisme animal », vient du cosmos pénétrer tous les corps, et peut avoir une influence sur notre santé. Cette théorie ressemble à la notion d' « énergie
vitale », de la Chine ancienne, de prâna hindou, et de « munis » chère à Paracelse. Actuellement, les Soviétiques étudient une force semblable qu'ils appellent 1' « énergie bioplasmique ».
Les Tchécoslovaques parlent d' « énergie psychotronique ».
Sheila Ostrander et Lynn Schroeder rapportent, dans leur livre sur les Fantastiques recherches parapsychiques en U.R.S.S. qu'un chercheur tchécoslovaque, Robert Pavlita, a mis au point un générateur que l'on peut « charger » mentalement. Le docteur Julius Krmessky, mathématicien et physicien, communiqua ses conclusions aux membres du comité directeur de la faculté des sciences physiques de l'Institut pédagogique de Trnava : « La force fournie pour faire tourner l'appareil ne peut s'expliquer ni par la température, l'électricité statique ou un courant d'air. Cette énergie émane de l'homme et l'opérateur peut en avoir le contrôle mentalement. Elle traverse, sans déviation ni perte, le verre, l'eau, le bois, le carton et tous les métaux. » En France, un ingénieur radio-électricien, L. Turenne, a mis en évidence ce qu'il appelle des « ondes de forme » montrant le pouvoir de focalisation qu'ont certaines formes. Une équipe de chercheurs étudie ces ondes à Saclay, à titre de violon d'Ingres. Elle obtient, en collaboration avec un médecin, des résultats intéressants sur le plan de la santé, grâce à un « chargeur d'ondes cosmiques ». Autosuggestion ou confirmation du « magnétisme animal » ? Nous le verrons plus loin.
Revenons à Mesmer. D'après lui, ce « fluide cosmique bienfaisant » peut se transmettre d'un sujet à un autre. A l'aide de passes et de manipulations, il obtient de nombreuses guérisons qui lui valent l'hostilité de ses confrères. Un incident servira de prétexte au scandale : une jeune fille atteinte de cécité, Maria Theresa Paradies,
pianiste de l'impératrice, soignée par lui, serait devenue sa maîtresse. Après une légère amélioration, elle redevient complètement aveugle quelques semaines plus tard, et Mesmer est contraint de quitter Vienne.
Il s'installe à Paris, dans un hôtel particulier, place Louis-le-Grand (aujourd'hui 16, place Vendôme). Des consultations particulières, il passe aux séances collectives. Comme le fait remarquer le docteur Rager, il est en cela un initiateur des thérapies de groupe. Il met au point ses célèbres « baquets ». Ce sont des réservoirs remplis de bouteilles d'eau magnétisée, dans lesquelles plongent des tiges de fer dont la partie supérieure se termine en pointe. On les applique sur les organes malades. Une corde relie tous les « patients » pour équilibrer le fluide, et une musique « forte » retentit au piano. (Mesmer, ami de Mozart, était en effet grand amateur de musique. Il introduisit l'harmonica en France.)
Vêtu d'une robe lilas, une baguette de fer à la main, le Maître faisait des impositions sur le dos et le ventre des malades. Bailly, astronome membre de l'Académie des sciences, rapporte, sur la demande de Louis XVI : « Quelques malades n'éprouvent rien, d'autres crachent, sentent une chaleur locale ou une chaleur universelle et ont des sueurs. D'autres sont agités, tourmentés par des convulsions. Ces convulsions sont extraordinaires par leur nombre, leur durée, leur force. On en a vu durer plus de trois heures. Elles sont caractérisées par des mouvements involontaires et précipités de tous les membres et du corps entier, par le resserrement de la gorge, par des soubresauts des hypocondres et de l'épigastre, par le trouble et l'égarement des yeux, par des cris perçants, des pleurs, des hoquets et des rires immodérés. Elles sont précédées ou suivies d'un état de langueur et de rêverie, d'une sorte d'abattement et même d'assoupissement. (...) On a observé que, dans le nombre des malades en crise, il y avait toujours beaucoup de femmes et peu d'hommes ; que ces crises mettaient une ou deux heures à s'établir, et que, dès qu'il y en avait une d'établie, toutes les autres commençaient successivement et en peu de temps. »
On voit tout de suite le rapport que peuvent avoir ces crises avec les « transes cultuelles » dont nous avons parlé précédemment.
Une polémique s'engage, grandement activée par Mesmer, qui s'y connaissait en publicité aussi bien qu'Alcibiade (ce général athénien avait acheté un très beau chien, et tout Athènes en parla pendant quinze jours.
Il lui fit alors couper la queue, et Athènes fut encore en effervescence pendant un mois. Morale de l'histoire :
que l'on en dise du bien ou que l'on en dise du mal, peu importe, pourvu qu'on en parle.)
Avec ses deux ouvrages, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal (1779) et Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal (1781), Mesmer allume un feu qui ne s'éteignit pas même après sa condamnation par les académies en 1784 (Académie des sciences et Académie de médecine).
« Ayant démontré par des expériences décisives que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions et que le magnétisme sans imagination ne produit rien, rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal. »
Un rapporteur, de Jussieu, rédigea une note personnelle dans laquelle il faisait état de guérisons incontestables et demandait que soit étudiée la médecine que l'on pourrait en tirer. Deslon, disciple de Mesmer, premier médecin de Mgr le comte d'Artois, remarque :
« Si la médecine d'imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas de la médecine d'imagination ? »
C'est sur cette voie que vont poursuivre les disciples du Maître.

Un mot nouveau : sophrologie

Un mot nouveau : sophrologie
Le regard bercé par une flamme dansante.., le pointillé des lignes blanches éclairées par le faisceau de vos phares... Le tic-tac régulier d'une pendule... Un air de jazz envoûtant... La voix monocorde du professeur.., telles sont quelques-unes des situations où, légèrement somnolents, nous nous laissons emporter par une douce
rêverie. Ces états de conscience particuliers sont étudiés par la sophrologie « étude phénoménologique de tous les états et niveaux de conscience quel que soit l'agent physique, psychologique qui déclenche le phénomène ».
Les transes cultuelles, comme celles du Vaudou, de l'Ubanda et des Machis, l'extase des chamans, la transe hypnotique, la méditation ou le nirvâna sont d'autres exemples de son champ d'observation.
Sophrologie vient de « sos » (sérénité, équilibre), « phren » (cerveau, esprit), et « logos », étude, science. La sophrologie est, étymologiquement, l'étude des moyens d'obtenir la sérénité de l'esprit. Ayant aujourd'hui pris sa place dans la science médicale, la sophrologie étudie des domaines qui sont restés longtemps liés à la magie et au paranormal.

Les chamans

Les chamans
Intermédiaires entre les puissances de la nature et les hommes, les chamans existaient certainement déjà aux temps préhistoriques. On pense aujourd'hui que les dessins d'animaux trouvés dans les grottes de Lascaux étaient l'objet d'opérations magiques destinées à mettre en leur pouvoir le gibier chassé par nos ancêtres. Le mot
« chaman » provient sans doute des mots Samarambi « s'exciter » et Sam-dambi « danser ». Le chaman s'excite en dansant en rythme au son d'un ou de plusieurs tambours. Il entre ensuite en transes et semble alors doué de pouvoirs extraordinaires. L'anthropologue Mircea Eliade dresse dans un de ses ouvrages sur le chamanisme (le Chamanisme, Payot, 1968) une liste impressionnante de phénomènes : télépathie, prémonition, marche sur des braises ardentes, clairvoyance.
Que ce soit dans le chamanisme, le Vaudou ou dans d'autres cultes, le bien-être qui suit les transes a des effets thérapeutiques psychophysiologiques.
Ces transes libèrent les comportements archaïques gérés par le rhinencéphale, cerveau primitif, siège des impulsions émotives et affectives. La maladie ou l'affection qui résultait d'un conflit entre rhinencéphale et cortex (le siège de la logique et du langage), entre comportement impulsif et raison, n'a plus lieu d'être. Le rhinencéphale ayant pu s'exprimer, l'équilibre s'établit, le symptôme disparaît.
Un médecin brésilien, le docteur Ankstein, inspiré par un proche parent du Vaudou, l'Ubanda, a mis au point une méthode fondée sur cet effet, la transterpsychothérapie. Elle a été introduite en France par les docteurs J. Donnars et A. Marchand.

Un mot nouveau : sophrologie

Un mot nouveau : sophrologie
Le regard bercé par une flamme dansante.., le pointillé des lignes blanches éclairées par le faisceau de vos phares... Le tic-tac régulier d'une pendule... Un air de jazz envoûtant... La voix monocorde du professeur.., telles sont quelques-unes des situations où, légèrement somnolents, nous nous laissons emporter par une douce
rêverie. Ces états de conscience particuliers sont étudiés par la sophrologie « étude phénoménologique de tous les états et niveaux de conscience quel que soit l'agent physique, psychologique qui déclenche le phénomène ».
Les transes cultuelles, comme celles du Vaudou, de l'Ubanda et des Machis, l'extase des chamans, la transe hypnotique, la méditation ou le nirvâna sont d'autres exemples de son champ d'observation.
Sophrologie vient de « sos » (sérénité, équilibre), « phren » (cerveau, esprit), et « logos », étude, science. La sophrologie est, étymologiquement, l'étude des moyens d'obtenir la sérénité de l'esprit. Ayant aujourd'hui pris sa place dans la science médicale, la sophrologie étudie des domaines qui sont restés longtemps liés à la magie et au paranormal.

Une cérémonie vaudou

Une cérémonie vaudou
Cela pourrait être un cabaret. Tout autour de la piste, une trentaine de personnes, des « messieurs » cravatés, des femmes en robe longue savourent un repas exotique. Quelques couples de jeunes gens « sirotent » des jus de fruits. Rien d'extraordinaire, sauf peut-être l'atmosphère. Ces gens ne sont pas à l'aise. On dirait qu'ils attendent
quelque chose. L'attitude des serveuses est inhabituelle. Elles sont trop décontractées. Pas le moindre soupçon de servilité dans leurs gestes. Des « elfettes » noires qui respirent la liberté. Le décor est confortable, mais dépouillé. Une impression bizarre.
Cet établissement est le seul temple vaudou d'Europe. En plein coeur de Paris, les Haïtiens ont réussi à établir un lieu de leur culte sous forme de club fermé.
Introduit par un ami initié, j'ai pu pénétrer dans ce sanctuaire. Mon origine catholique me faisait attendre quelque église, et me voici dans une ancienne boîte de nuit. Je suis un peu déçu.
La cérémonie commence. Il est dix heures du soir, et trois tambours viennent d'être posés au fond de la piste. Les deux batteurs s'installent, commencent à frapper les peaux tendues sur des troncs d'arbre creusés.
Le rythme jaillit, lancinant. Ils vont ainsi nous faire vibrer pendant six heures, sans interruption.
Les serveuses, jolies Haïtiennes aux robes de « jean », ébauchent quelques pas de danse et chantent.
Une très belle Noire, habillée de pourpre, chante elle aussi, mais va de table en table, s'adressant aux convives dans une langue inconnue. Elle rit. J'ai l'impression qu'elle nous défie.
Au bout de quelques minutes, tout le monde doit se lever. Quelques-uns se récrient, se font « tirer l'oreille » : ils sentent que de spectateurs ils vont devoir devenir acteurs. Nous frappons nos mains en cadence, puis c'est la danse générale. Chacun fait comme il peut. Il y a la « minette » qui ferme les yeux, pâmée ; le gros monsieur un peu ridicule qui balance les bras.
Les initiées (nos serveuses de tout à l'heure) mettent de l'ambiance et enseignent à tout ce petit monde un peu « bloqué » comment se laisser aller au tempo.
Nous formons maintenant un cercle, la main dans la main, et je sens un « courant » passer. Nous devons ensuite nous allonger ; puis vient une bataille étonnante : la « bataille des fesses ». Les protagonistes (nous tous) se ruent les uns sur les autres, à reculons, les fesses en avant... jusqu'au choc. Les initiées se distinguent par des « coups de fesse » musclés. Chacun transpire. Nous avons quitté chaussures, cravates et vestes depuis longtemps.
Brusquement, tout s'arrête.
La belle fille racée vêtue de pourpre – qui est, je viens de l'apprendre, la Grande Prêtresse – commence à nous parler du Vaudou.
Vers la fin du XVIIe siècle, les premiers bateaux d'esclaves arrivent à Haïti. Ils viennent du Dahomey, du Nigeria, de l'Angola et du Togo. Leur langue est le « fon », et en fon, « vodû » signifie dieu, esprit ou image. Ils importent leur religion, mais sont obligés de se faire baptiser et de suivre une instruction religieuse catholique.
Le Vaudou est donc un ensemble curieux dans lequel on trouve des crucifix et des cierges mélangés aux tamtams et aux possessions. C'est une religion animiste qui vénère des esprits, les « loa ». Chaque loa a son symbole magique, le « vévé », qui attire l'esprit. La cérémonie vaudou consiste en « prises de possession » des initiées
par des esprits, qui se comportent chacun de manière différente, sont reconnus et vénérés suivant un rituel qui leur est propre.
La Grande Prêtresse nous parle ensuite du temple vaudou. Ce dernier appartient à tout le monde. On peut y venir lorsqu'on le désire, y amener un enfant à garder, ou venir se faire soigner. La Grande Prêtresse est aussi un sorcier qui peut exorciser les mauvais esprits ou administrer un « simple », une herbe aux vertus médicinales.
Certains patients abandonnés par la médecine traditionnelle lui sont confiés, et elle les guérit.
« Avez-vous des questions ? »
Son discours, dans un français impeccable et assuré, a coupé le souffle aux plus bavards. Pendant qu'elle parlait, un officiant a tracé sur le sol un dessin extrêmement compliqué, le « vévé ». Avec un art consommé, il dépose de la farine de maïs pincée par pincée, sur le parquet.
Je lui demande si la connaissance des vévés est sensée déclencher des facultés paranormales ?
« Non, c'est un simple livre qui permet d'appeler un esprit. Ces pouvoirs sont réservés aux sages, et demandent de longues années de méditation et d'initiation. »
Une heure du matin... La cérémonie bat son plein. Les initiées, ou « hounsi », ont mis de jolies robes blanches et dansent au son du tam-tam. Soudain, l'une d'elles secoue la tête, fermant les yeux, comme si elle avait peur. Puis elle est prise de convulsions. On a l'impression qu'une force invisible la « chevauche ». Sa respiration est haletante. Elle fait des gestes désordonnés, et, lorsque, comme un boulet de canon, elle est littéralement « projetée » d'un bout à l'autre de la pièce et me bouscule, je sens ses membres durs comme l'acier.
Ses poings sont serrés à mordre la chair. C'est une sorte de demi-catalepsie. Elle vacille de plus en plus. La Grande Prêtresse lui attache les cheveux avec un foulard vert et prononce quelques paroles rituelles. Tombée dans un état de prostration, la hounsi est emmenée dans l'arrière-scène, le « lieu des mystères », où elle va peu à peu reprendre ses esprits.
Tour à tour, trois autres hounsi vont être chevauchées par des esprits. La prêtresse leur remet les insignes de leur rang, un drapeau, un bâton, un foulard suivant le cas. La scène est d'une intense violence. Une hounsi, en pleine crise, en frappe une autre.
« Elle l'a punie », me glisse ma voisine.
La dentelle blanche est déchirée. Dans l'atmosphère règne une odeur âcre de sueur et de chandelle.
Les scènes les plus prenantes surviennent avec la prise de possession de la Grande Prêtresse. En raison de son rang, ce sont de grands esprits qui s'emparent d'elle. Les yeux exorbités, hagarde, elle va se saisir de sabres et exécuter une danse où plus d'un témoin craindra pour sa vie. Les lames passent à quelques centimètres de nos
visages. Brrr ! Peu à peu, je m'aperçois que le désordre apparent de ses mouvements est en fait toujours contrôlé et précis, comme guidé par une main invisible.
Le moment le plus étonnant sera lorsqu'elle se saisira d'un tambour qui trône comme un totem, au milieu de la piste. On me dit qu'il pèse plus de cent vingt kilos, et lorsque j'essaierai, plus tard, de le soulever, cela me sera impossible.
Je revis là des scènes que j'avais déjà vécues en « scream ». Le scream est une psychothérapie de groupe par le cri. Certaines personnes, lorsqu'elles donnent libre cours à leurs pulsions instinctives, la haine, la colère, la peur, confinent à l'animalité. On sent la bête sous le vernis civilisé (comme dans le film l'Île du docteur Moreau : On se souvient de ce chirurgien qui transforme des animaux en êtres humanoïdes. Malgré ses efforts, la nature animale transparaît toujours).
Ici, c'est un peu la même chose, mais les mouvements sont plus beaux. On dirait des combats de félins.
La soirée se termine par un « passage sur le feu » (du rhum enflammé) et des dialogues en « fon » entre la Grande Prêtresse, toujours en transes, et quelques participants haïtiens. Ces derniers m'ont affirmé que, sans connaître leurs problèmes, la prêtresse leur donne des solutions ou des explications qui correspondent exactement à leur situation.

Développer ses facultés paranormales


Développer ses facultés paranormales
Mon fils a cinq ans. C'est l'âge des « pourquoi ? », l'âge où l'on découvre la vie et le monde.
En le regardant jouer et vivre, je me demande, moi aussi « pourquoi ? ». Pourquoi l'adulte perd-il cette faculté de s'émerveiller, de chercher à comprendre, d'imaginer, de progresser ?

Considérer la situation comme normale


Considérer la situation comme normale
Je suis certain de m'être trompé, ou du moins d'avoir été très incomplet. Lorsque je resurgis, une surprise m'attend : tumeur aux intestins, qui repousse (sept opérations successives) et tache noire à la lèvre supérieure (diagnostic du corps médical : origine inconnue).

Elle le connaît depuis toujours


Elle le connaît depuis toujours
Ils sont au moins cinq ou six qui nous entourent, curieux. La respiration de Sylvie est redevenue normale.
L'animateur lui a seulement pris la main, en lui soufflant : « Détendez-vous, dé − ten − dez − vous. » d'une voix grave et pénétrante. Prudemment, je reprends la suite des opérations.
« Que vois-tu ? »

Parapsychologie et misonéisme

Parapsychologie et misonéisme
Mon premier contact avec la notion du paranormal remonte à 1962. Le grand succès de librairie était le Matin des magiciens. Son mélange de réalité et de fiction m'avait gêné, mais l'accumulation de faits venant étayer la thèse avait de quoi ébranler. Heureusement, je faisais partie de « l'Union Rationaliste », qui ne tarda pas à éditer le Crépuscule des magiciens. Ce dernier livre démontait les mécanismes, les « trucs », les faiblesses,

Une expérience pour le moins étonnante


Une expérience pour le moins étonnante
Je commence vraiment à en avoir assez...
Quand on a l'habitude de donner des cours, il est déjà désagréable d'être soi-même sur le banc. Mais
lorsqu'en plus l'animateur est mauvais pédagogue, qu'il ne maîtrise pas parfaitement son sujet, et que l'on est à
plusieurs milliers de kilomètres de son domicile, obligé d'écouter et de suivre un « amateur », c'est
insupportable.